27 décembre 2009

"Mais nous sommes opiniâtres à ne pas mourir."

Je m'appelle Ela. Les autres m'appellent autrement mais ça n'a guère d'importance : ils ne savent rien, ils ne comprennent rien (mais ce n'est pas vraiment leur faute.).
J'ai 14 ans. Ce n'est pas tout à fait vrai, mais ils disent que 13 ça porte malheur (ma soeur en est morte après tout).
Ma vie? "c'est du théâtre, et des souvenirs". Pas grand chose d'autre. C'est assez statique. Une ronde qui tourne et ne se boucle jamais. C'est toujours l'hiver qui revient. Quand je serai grande je serai oiseau migrateur.
Mon surmoi s'appelle Nikolaï, il a des vélléité impérialiste, je crois qu'il se prend pour un tsar. C'est aussi le fruit de l'union de mes parents, mais c'est une union un peu plus subtile que celle qui m'a mise sur Terre. J'aurais préféré être le surmoi de Nikolaï, ma vie aurait été moins brute.

Ce n'est pas vraiment mon premier blog. Mais c'est le premier depuis que Nikolaï me parle.  Le premier aussi depuis que j'ai envie de mourir. C'est venu comme ça, sans prévenir. Je me suis réveillée un matin et je n'avais plus envie. Plus envie d'être là ni ailleurs, plus envie de sortir du lit ni d'y rester, plus envie surtout de descendre dans la cuisine ou d'aller au collège. Ce jour-là je ne me suis pas levée. J'ai attendu que tout le monde parte (je suis la dernière a quitté la maison) et je suis restée là(sse) à écouter le silence s'insinuer dans chaque pièce. De la porte d'entrée qui claque à ma chambre tout au fond. Je l'ai entendu se glisser sous la porte. C'est pesant une maison vide. Ma chambre était toute grise de l'aube qui filtrait par les volets. Comme si les couleurs avaient disparu. Je suis restée sous la couette jusqu'à midi puis je me suis levée et j'ai claqué la porte moi aussi.
Je suis partie pour NE PAS mourir.
Il y a un jour, une heure, une certaine minute où vous goûtez la liberté et vous ne vous dites pas : ça y est! Je suis libre! Parce que vous ne le savez pas. ça m'a échappé à moi aussi. C'est Nikolaï qui me l'a dit après, parce que je l'ai rencontré ce jour-là aussi. Le premier jour du reste de ma vie? J'ai emprunté les couleurs à visage de la Mère Supérieure, Mascara; Khôle; et du rose sur les lèvres. J'ai piqué les chaussures à talons hauts sur l'"Autel" dédié à la morte et je suis sortie. Devant le miroir j'ai salué Lolita : "Hello Miss Haze, you'll die soon." et je suis sortie. Sortie. SORTIE.

Les collèges sont assez stupides. Lorsque le mien avait appelé à la maison ce jour-là je lui avait affirmé que j'étais la Sainte-Mère, que ma fille (Moi) était malade. Il m'a cru...

On ne m'avait jamais sifflé dans la rue. Jamais touché les fesses. Je dois dire que ce n'était pas plus mal. Je suis partie plus loin. Montée dans le bus. Dans le train. Envoyé un message à D***-le-Père : "je reste chez M. on bosse notre exposé de grec; bonne soirée, b*****.". Pris un billet (personne ne demande l'âge dans les gares, se demande ce qu'une gamine de presque 14 ans peut bien faire là à 14h un mardi de classe.) et partie.
J'ai toujours rêvé de vivre à Paris. Tous les grands ont vécu là-bas, se sont aimés là-bas, ont créé là-bas. Dans le train je pensais à Rimbaud et à Verlaine...

13h10. Il faut aller "manger".
Je ne sais pas comment se tient un blog. Je veux dire, comment ça se tient dans les règles de l'art.

Posté par Mon surmoi à 13:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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